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PROFANATIONS À SAINT-DENIS
Les affirmations de M. Delorme
Depuis l’analyse ADN du cœur dit « de Louis XVII » en l’an 2000, M. Delorme, journaliste à Point de Vue, ne cesse d’affirmer urbi et orbi qu’on ne saurait confondre ce viscère avec celui de l’aîné des enfants de Louis XVI, Louis Joseph, premier Dauphin, mort en 1789, et dont le cœur avait été déposé au Val de Grâce, puis retrouvé en 1817.
Sur son site Internet, il déclare :
« Il ne fait aucun doute que le cœur du premier Dauphin, comme tous ceux qui l’ont précédé au Val de Grâce, a été embaumé », c’est-à-dire, selon sa théorie, ouvert, vidé et bourré d’aromates...
Et pour faire bonne mesure, il déclare encore (je cite) : « les photographies ci-dessous (ndlr, parues sur la page 4 de son article sur Internet) mieux qu’un long discours, illustrent la différence d’aspect entre -par exemple- le cœur de Louis XIII -retrouvé intact à la Restauration et déposé depuis à Saint-Denis- et celui de Louis XVII qui, lui, n’a pas été embaumé, mais simplement conservé dans l’alcool ».
Le cœur de Louis XIII intact, VRAIMENT ? Voyons cela de plus près :
Nous avons eu l’extrême surprise d’apercevoir sur des photographies prises à Saint-Denis, une main profane détenir - avec quelles autorisations ? - le reliquaire de vermeil et de plomb contenant ce qui reste du cœur de Louis XIII. Le couvercle une fois enlevé, le viscère apparaît, enveloppé d’un sac en toile (et non de bandelettes !). On constate immédiatement qu’une bonne portion en a déjà été prélevée.
On peut voir alors -sans qu’elle soit munie de gants aseptisés- cette main écarter avec deux doigts le cœur apparemment déjà coupé en deux. La photo nous dévoile les restes arrachés et mutilés de cette pauvre relique. Ces déchets lamentables sont-ils vraiment l’œuvre d’un embaumeur professionnel ?
La véritable histoire des cœurs profanés
Je suis en mesure de démontrer qu’il n’en est rien. Voici l’histoire exacte du cœur de Louis XIII (A.N. 03/623) : un rapport datant de la Restauration révèle qu’un certain Louis François Petit-Radel, ancien architecte juré et expert du Roi avant la Révolution (décédé le 7 novembre 1818), s’empara lors de la profanation du Val de Grâce des boîtes renfermant les cœurs de plusieurs souverains ou personnages princiers, au nombre de treize. Il ouvrit ces boîtes et donna un cœur à un peintre qui l’accompagnait en lui disant : «Tiens, prends celui-ci, c’est le plus gros, c’est celui de Louis XIV ».
« Petit-Radel vendit les boîtes, mais conserva les plaques sur lesquelles étaient gravés les noms, plaques dispersées à la vente après décès rue Castex. Il conserva les reliquaires de vermeil et les médailles et vendit ou échangea les cœurs de plusieurs de nos rois contre des tableaux et de l’argent. Ce fut le sieur de Saint Martin, peintre en paysages, qui fit l’acquisition des cœurs de Louis XIII et de Louis XIV. Le peintre Drolling acheta les autres, parmi lesquels ceux de Marie-Thérèse, de la duchesse de Bourgogne, du Régent...
« Le cœur humain longtemps conservé, offre une substance très précieuse et très recherchée dans l’art de la peinture (sic). Il semble prouvé que le sieur Drolling a employé absolument tout ce qu’il tenait du sieur Radel.
Le sieur de Saint Martin paraît avoir longtemps conservé intacts les cœurs de Louis XIII et de Louis XIV ; cependant, il finit par se servir d’une fraction de celui de ce dernier Roi .» Lors de la première rentrée du roi Louis XVIII, Saint Martin n’osa pas restituer ces objets, de crainte d’être soupçonné d’avoir pris une part trop active à la Révolution.
Après le second retour de Louis XVIII, un certain Philippe Henri Schunk demanda à Saint Martin de lui montrer les cœurs qu’il détenait. Saint Martin lui montra celui de Louis XIV et refusa de lui montrer celui de Louis XIII, prétendant qu’il ne savait pas ce qu’il était devenu (étant donné l’état dans lequel le peintre l’avait mis, on comprend pourquoi!).
Pressé par ledit Schunk, Saint Martin finit par rendre le cœur de Louis XIV (moins abîmé sans doute) le 3 mars 1819 au comte de Pradel, ministre de la Maison du Roi. Son Excellence lui donna une tabatière en or, mais pour autant, Saint Martin ne rendit pas le cœur de Louis XIII.
Schunk déclara :
« Depuis lors, j’insistai souvent auprès du sieur Saint Martin pour qu’il s’occupât de la recherche du cœur de Louis XIII ; mes instances furent vaines ».
Ce n’est qu’à l’article de la mort que le peintre fit prier Schunk de passer chez lui et qu’il lui remit le cœur de Louis XIII avec une médaille fixée sur la boîte. (déclaration de Schunk, faite à Paris, le 15 juin 1822).
Le peintre Drolling, décédé en 1817, et Petit-Radel en 1818, n’avaient plus rien à craindre du gouvernement de la Restauration. Par contre, de son vivant, Saint Martin se garda bien de remettre au comte de Pradel une relique affreusement abîmée et dont il ne restait que des lambeaux, arrachés sans précaution par le peintre. L’image photographique fournit la preuve accablante du traitement infligé au cœur de Louis XIII, traitement qui n’a rien à voir avec une quelconque méthode de conservation ; vidé, ce cœur, oui, mais pour fournir du matériel de peinture !
On n’a eu garde de s’attaquer au cœur de Louis XIV, qui aurait peut-être été plus difficile à ouvrir et à fouiller que celui de son infortuné prédécesseur.
La démonstration par l’image d’un embaumement des cœurs non seulement ne tient pas, mais pour toute personne ayant pris la peine de se pencher sur l’histoire des profanations révolutionnaires, elle aboutit exactement à la conclusion inverse.
Madame Laure de La Chapelle étant la meilleure spécialiste de l'histoire des cœurs royaux, nous avons profité de sa nouvelle contribution pour lui demander de préciser certains points, ce qu'elle a bien voulu faire dans les deux § ci-dessous :
Je vais essayer d'être très claire sur une question que M. Delorme voudrait bien embrouiller. Le terme d'embaumement s'applique aux corps que l'on vidait après leur mort, et que l'on remplissait d'étoupe, de divers produits et d'aromates (pour parfumer : ils n'ont aucune fonction de conservation). C'est une erreur d'appliquer le terme d'embaumement aux cœurs.
Les cœurs royaux étaient desséchés à l'alcool ou esprit de vin, puis enveloppés dans une sorte de sac, entourés de quelques aromates - pour désodoriser - et scellés dans une enveloppe en plomb.
En aucun cas, les cœurs n'étaient vidés à la petite cuillère ! M. Delorme essaye de nous le faire croire en nous montrant les malheureux restes du cœur de Louis XIII : or, si ce cœur a effectivement été vidé, c'est par le sieur Saint Martin pour en extraire de la mummie, additif de peinture à l'huile , et non par un apothicaire pour y mettre des aromates. Que resterait-il d'ailleurs d'un cœur complètement vidé, sinon son enveloppe en toile et quelques grumeaux ? D'ailleurs, M. Delorme n'a eu garde de nous montrer le cœur de Louis XIV , qui, lui, a dû rester à peu près intact. Mais comme il faut absolument que M. Delorme différencie le traitement du cœur de l'Enfant du Temple de celui du Premier Dauphin, (sans cela, on peut les confondre, ce qui n'a pas manqué d'arriver), il a hardiment pratiqué l'amalgame et mélangé en toute mauvaise foi le traitement de conservation des cœurs avec l'embaumement des corps (voir sur son site la facture d'embaumement du corps de Louis Joseph, qu'il a voulu faire passer à Radio Courtoisie pour une facture d'embaumement du cœur ! J'ai protesté à l'émission de décembre 2004, et depuis, il n'a plus remis, que je sache, l'affaire sur le tapis)
- Effectivement, les cœurs de Louis Joseph et "Louis Charles" présentent le même aspect pétrifié (voir les rapports médicaux de 1895 et de 1999) - L'expression "à la cuiller" est humoristique ! Saint Martin a dû utiliser une pince et broyer le résultat au mortier. Mais je vous rappelle que les procédés de conservation sous Louis XIII (alcool utilisé, temps employé) devaient sans doute différer des procédés de la fin du 18ème siècle. Ils étaient sûrement moins performants, et de toute façon, la conservation dépendait étroitement de l'état des cœurs au moment de la mort.
- D'autre part, la dessication est certainement assurée à l'intérieur d'une boîte de plomb scellée et à l'abri de l'air, mieux que dans une urne plus ou moins bien fermée. On ne peut guère aller plus loin dans les affirmations : l'état des cœurs, les différences de produits alcoolisés, et de méthode des apothicaires eux-mêmes, les progrès de la médecine conservatoire font que vous ne pourrez pas aboutir à une certitude absolue. Une chose est sûre : le procédé profanateur "Saint Martin" sur le cœur de Louis XIII n'a rien à voir avec un quelconque procédé d'embaumement.
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