SECRETS d’ HISTOIRE en berne sur FR2 le 2 décembre 2007
ou l'Ecole de la désinformation

D'entrée de jeu, le présentateur, M. S. Bern annonce la couleur :
« Louis XVII meurt le 8 juin 1795 à la Tour du Temple. »
Dès l'annonce officielle, des rumeurs se propagent. Attention, danger !
Mme Chandernagor, romancière à la mode, rectifie avec promptitude :
« On va inventer qu'il n'est pas mort.» Tout est dit, c'est de l'invention ! Pourquoi s'attarder ?
Suivent en vrac des prétendus portraits de Louis Charles :
ceux du 1er dauphin par Kucharski ou l'étrange tableau de Vien.

Entrons maintenant dans le domaine de l'erreur lourde :
Une voix off cite Mme Elisabeth, princesse de Lamballe ». Confusion des personnes.
Le cimetière Ste Marguerite n'est pas situé rue Ste Marguerite mais rue St Bernard. Peut-être pour égarer l'amateur de tourisme historique ?
Au Temple, on observait une politesse de service. En début 1793, après le départ de Cléry ? Alors, vive les carmagnols avec leurs bouffardes et leurs obscénités...
Voici un tir groupé de Mme Chandernagor :
« La mère Simon dit n'importe quoi, elle est vieille, elle est à l'hospice, elle parle sous Louis XVIII » (qui a dû être enchanté de ses révélations sur l'existence de son neveu).
On sait que les policiers l'ayant interrogée en 1816 et 1817 ont témoigné officiellement du fait qu'elle était tout à fait crédible.
« Robespierre est venu au Temple le lendemain de l'éxécution de Mme Elisabeth (exact) Qu'il en ait profité pour exfiltrer Louis XVII, c'est impossible.» Bien sûr ! Pas ce jour là, évidemment. Pour qui nous prend-on ?
« Le témoignage sur l'empoisonnement du Dr Desault est un faux. » La preuve, SVP ?
Et en bonne ménagère : « Laurent, à son arrivée, a fait désinfecter les rideaux. »
De Mme Kaltenbach, qui n'entend pas demeurer en reste :
« Mme Royale n'a pas su pendant trois ans et demi la mort de sa mère. » (un an et huit mois exactement)
-------------------------------------------------De M. S. Bern : « Camille Pelletan, le chirurgien qui a pris le cœur » (Philippe Jean Pelletan aurait-il changé de prénom ? ) --------------------------Et Mme Kaltenbach, bonne menagère également : « Il l'a mis dans un sac en toile cirée. » (Non, dans du son et dans un mouchoir !)
Pour finir, après la fable de la découverte d'un cœur sur un tas de sable, plusieurs jours après le sac de l'archevêché, on perd la trace de tout viscère au 19ème siècle. De la famille Pelletan (sans prénoms, par prudence) on passe directement à l'arrivée en 1975 d'une relique à St Denis, par le truchement des princesses Massimo.

La santé de Louis XVII
Ah, qu'en termes galants... Chandernagor : il se masturbait. Kaltenbach : il se tripotait.
Peut-on, Mesdames, vous rappeler que ce pauvre enfant s'était blessé en chevauchant un bâton en mai 1793, et qu'il a dû porter des suspensoirs très gênants jusqu'en octobre 1793 ? Le Dr Thillaud, quant à lui, met la charrue avant les bœufs : il a suivi le fil d'Ariane , mais à l'envers : puisque l'enfant du Temple est mort tuberculeux, c'est que Louis XVII l'était depuis 1792. Quod erat demonstrandum... Et la décharge donnée aux Simon le 19 janvier 1794 reconnaissant la bonne santé de l'enfant ? Et le témoignage du Dr Pipelet qui, sommé de dire que Louis XVII « avait un vice dans le sang » a témoigné « qu'il était parfaitement sain » ?

Suivons ensuite le mort du Temple au cimetière Ste Marguerite
Dr Thillaud : « Les ossements qu'on m'a confiés » Pourquoi, Docteur, n'avez-vous pas demandé une analyse ADN du squelette de Ste Marguerite ? Il est toujours temps d'essayer de convaincre les membres de la commission du Vieux Paris. Bonne chance !
M. Delorme, toujours égal à lui-même, ne rate pas une affirmation gratuite :
« Le crâne de l'Enfant de Ste Marguerite n'est pas un crâne d'adulte »
Quid du rapport du Dr Récamier en 1846 ? :
La tête et les os du tronc, les cheveux et les sutures des os du crâne semblent appartenir à un sujet moins avancé (que les membres et les dents) de douze ans environ, car le diamètre antéro-postérieur de la tête, n'étant que de six pouces, ne peut être celui de la tête d'un adulte

Passons du cimetière aux recettes extraordinaires de conservation des cœurs
qui nous sont fournies par un jeune et talentueux paléo-pathologiste :
« Il y a une différence entre les cœurs embaumés au 18ème siècle, comme celui de Louis XIII (ce ne serait pas plutôt le 17ème siècle ?) et les cœurs desséchés. »
Soit on ouvre les deux ventricules, puis les deux oreillettes et on y met des aromates. Fin de la première recette. (si on s'arrête là, tout est pourri au bout de huit jours !)
soit, si jamais vous ne voulez pas ouvrir le cœur pour des raisons pratiques (Lesquelles ?) dans ce cas là, vous mettez des aromates tout autour et vous délayez (Quoi, le cœur ?) dans différentes solutions qui le déshydratent. Ensuite on l'entoure de bandages qui laissent des traces (Non, sac en toile pour le cœur de Louis XIII) mais passons plutôt à la conservation des viscères sous la Révolution ?
Fermez le ban.

Je voudrais dire un mot du cher Alain Decaux qui, surveillé de près par son auditoire, n'a pu que nous confier ses erreurs de jeunesse. Et pourtant, nous aurions aimé l'entendre parler d'une carrière bien remplie à la rechercche de Louis XVII.
Nous n'avons rien entendu d'autre, d'ailleurs, et surtout pas les opinions dissidentes. Ou plutôt, on a abrégé, et même mutilé leurs interventions. Parlez de tout ce que vous voulez à condition d'admettre la mort officielle du petit Roi du Temple. C'était pourtant le sujet en forme de point d'interrogation de cette émission racoleuse mais un sujet ô combien risqué pour les zélateurs de l'histoire officielle qui se recrutèrent et se recruteront toujours sous tous les régimes politiques.
NB : tous les sujets survolés ci-dessus ont déjà été traités in-extenso dans des articles de Laure de La Chapelle figurant sur ce site.

[NDLR Notre seule question au cher Alain Decaux aurait été : Qu'alliez-vous faire dans cette galère ? ... A moins que notre cher Alain Decaux y soit parfaitement à l'aise en toute connaissance de cause. Dans une émission typique de désinformation dont tous les invités sont de la même écurie et dont les dissidents ne sont cités que pour donner une apparente objectivité à l'ensemble et étayer une conclusion qui est donnée dans les toute premières minutes de l'émission, ont-ils au moins réellement profité de leur maigre temps de parole. Même pas et encore heureux s'ils n'apportent pas de l'eau au moulin des interrogateurs. D'ailleurs, comment être sûr de l'utilisation qui sera faite de votre séquence dans pareille démonstration de force ? Morale : point de participation hors du direct et encore, assortie de garanties. Mais trêve d'aigreur, M. S. Bern qui languissait dans cette attente, sera heureux d'apprendre que les résultats de la dernière analyse génétique sont annoncés pour mars 2008].